L’année des Pops

Novembre 2008. The Popopopops jouent dans l’espace VIP des Transmusicales. Ils enflamment la scène du Mouv vers minuit sous les oreilles étonnées des pros. Jean-Louis Brossard, programmateur du dit festival et découvreur de talents les a repérés quelques mois plus tôt, à l’issue d’un tremplin régional. A peine un an plus tôt, les Pops créaient leur groupe et quelques titres dans la salle de musique de leur lycée. Des vidéo de piètre qualité sur différents blogs, quels brèves sur internet, quelques photos: l’époque où ils étaient seuls, avec un parent comme « manager » a été courte: le buzz est en marche. Depuis les Trans, ils ne sont plus tout à fait des inconnus.

Transmusicales 2010:
Victor et Guillaume foulent à nouveau la scène du gigantesque Hall 4. Un an après la prestation qui marque, symboliquement, le début de leur histoire, ils effectuent des DJ Sets entre les groupes. Simon, Vincent et Léonard ne sont pas loin, en coulisse. Retour, d’abord, sur cette année folle pour le groupe.
Le récit rétrospectifs des uns et des autres, des états d’âmes aux grands moments, est mis en image par le biais des documents glanés auprès des proches et surtout, sur internet. A l’heure de la vidéo prise pas un mobile, de l’appareil numérique, du blog des magazines comme des pages personnelles types Myspace, le parcours du groupe se reconstitue par fragments. Quelques scènes clé ont été tournées, au départ comme une vidéo personnelle, par l’auteur, qui est un intime du groupe.

Printemps 2009. Simon arrivait tout juste du concours d’entrée de Science-Po à Bordeaux. Il rejoignait Vincent, Victor, Guillaume et Léonard une demi-heure avant leur concert dans le off du Printemps de Bourges. Ismaël, jeune manager, les accompagne depuis quelques mois. Il est convaincu qu’il peut les mener à la signature avec une maison de disque. Il a fait venir en coulisses Bernard Dantzer, vieux loup de la production, qui misera sur un succès « à l’international ».
Dans le même temps attendant il fallait enregistrer un titre en studio, pour servir de « carte de visite », assurer un concert important au festival Art Rock. Le reste de l’été des Pops s’est passé dans un local de répétition à travailler des morceaux. Lorsque les jeunes étudiants de leur âge prennent un petit boulot, ou font la tournée des « festoches ».
Pour Vincent et Simon, l’ultime épreuve du bac coïncidera avec la sortie officielle, sur internet, du premier single: Dance Tonight. C’est dans la salle parisienne de l’Alhambra, en première partie d’un groupe confirmé, qu’ils la fêteront.
Les trois autre membres du groupe terminaient leur première année de fac ! Ismaël, le jeune manager, tatonnait dans ses stratégies en prenant confiance. Entre les bonnes et les mauvaises nouvelles, les pistes plus ou moins concrètes, que dire au groupe, que garder pour soi? Bernard et son label Azimuth, bien implanté dans le milieu, doit encore se déterminer sur le groupe: un contrat de « tourneur », d’éditeur, de producteur? Et comment concilier le développement du groupe avec leur vie d’étudiant?

Automne 2009.
Entre les études, le premier appart, la relation avec les parents, il y a une désormais une notoriété à faire grandir. S’astreindre au travail de répétition, composer, gérer l’entourage, écouter conseils et sirènes de pros croisés sur le chemin. Dans cette aventure chacun a son style, son charme, son point de vue. Vincent, guitariste à la veine rock n’roll suicide, se rêve en Morrisson.  Bac en poche, il a le feu vert de ses parents.  Victor a des yeux de poète, doit corriger son accent pour chanter en anglais. Un charme qui sévira peut-être dans les prétoires, à défaut des charts. Sa voix et sa personnalité sont déjà remarquées pour des travaux en solo. Guillaume fait la Sorbonne à Paris, batteur discret, mais qui réserve peut-être son coming-out… artistique ? En tout cas il a choisi de vivre cette période de musique à fond, quitte à prendre un statut d’ « étudiant salarié », même s’il n’en fera pas sa vie. Simon, le fort en thème et fort en basse, tenté par des études immédiates de journalisme, ou de longue haleine à Science-po, a finalement choisit la fac de Rennes, pour être plus disponible pour le groupe. Léonard enfin, bassiste qui se dit « en touriste », profite de la vie quoi qu’il arrive. Il gère ses études littéraires pépère, mais se montre plus rigoureux lorsqu’il s’agit de l’avenir et des choix du groupe.
Des bons gars comme en rêvent les parents, que ce parcours musical en fusée a effrayé dans ses premiers mois. Il s’émerveillent et doivent apprendre de tout, du meilleur comme du pire. Autour d’eux, un pari sur leur énergie musicale, leur bonne tête, leur jeunesse. Beaucoup de potentiel marketing, et autant de pièges. Tout au long de cette année, ils apprendront du milieu du show-bizz.

Hiver 2010. L’automne a sacré The Popopopops comme l’un des quinze groupes français à découvrir, selon le magazine Les Inrockuptibles. Après la sortie du single, la presse parisienne a fait de petits échos du groupe, ce qui n’est déjà pas si mal. Ce qu’il manque, c’est un album, pour intéresser plus de salles de concert. Après les Transmusicales, il faudra se concentrer sur le festival de Groningen, aux Pays-Bas. Bernard a décroché cette inviation in-extremis: c’est the place to be pour les programmateurs de festivals européens. Or selon Bernard, c’est à l’international que devra se développer le groupe. Ils auront là-bas une idée de la « concurrence. »
Désormais c’est une routine qui s’installe: les répétitions le week-end dans le local de Thorigné, chez un des proches du groupe. Les résidences de quelques jours ici ou là décrochées par Ismaël. La fac, les études, les parents. Cette période sera mise à profit pour mieux connaître les Pops à travers leur vie de famille, leurs vie d’étudiants, leur génération. Le père de Vincent, avocat au caractère bien trempé, tolère mais surveille de près cette première année de fac semée de concerts. La mère de Victor, qui l’élève seule, et qui voit son fils faire de sa sensibilité un avenir artistique. Simon, avec sa copine, qui réfléchissent à prendre un appartement.
Pour Ismël, il faut gérer la suite: négocier des partenariats, faire vivre un Myspace et un site internet. Le jackpot peut venir d’une synchro : un générique de pub ou une sonnerie de portable. Dans ce « show buzz » en pleine mutation, qui sait aujourd’hui d’où vient le succès ?

L’été 2010. Qui sait de quoi il sera fait? Alchimie entre expérience, chance et irrationnel, cette industrie musicale est un écosystème fragile. On y apparaît, on y disparaît. Tout le monde n’a pas la chance d’exister dans la durée, et pour cela les premiers choix auront été primordiaux. Les cinq kids de The Popopopops auront avancé de la fin de l’adolescence au début de leur vie d’adulte.  Ils auront fait un bout de chemin dans les coulisses de l’industrie musicale, cet écosysème fragile où les choses se construisent pierre par pierre, entre un bon concert, une bonne composition, le bon choix concernant la maison de disque. La perspective d’un album les emmènera au studio d’enregistrement. Ils connaîtront peut-être l’adrénaline d’une grande scène d’un festival d’été. Ou un podium « découverte » prometteur. Le calendrier qui se dessinera les mèneront vers certains choix. Car l’année universitaire sera écoulée, il y aura eu les partiels, l’obtention ou non de l’année, ou du mastère pour d’autres. A nouveau il faudra se positionner entre le cursus universitaire et le développement du groupe. Sans remettre en cause l’existence du groupe, certains choix, certains débats s’inviteront dans cette « double vie ». Double, entre musique et études. Double également entre la fin de l’adolescence et des choix d’adultes.

Automne 2010. Un nouvel anniversaire se profile. Il qui rappellera le concert fondateurs aux Transmusicales, deux ans plus tôt. Ils seront peut-être programmés, un album en poche. Incontournables car faisant partie des groupes qui ont « confirmé ». Ils auront passé sans faux-pas le filtre alchimique qui construit la notoriété. The Popopopops et leur entourage aura contribué à faire d’une promesse une réalité, toutefois fragile. Sinon, c’est une perspective plus longue qu’il faudra évaluer. Ou l’usure d’un effort qui n’a pas payé pèsera peut-être sur la conduite à tenir. Car car malgré l’influence du marketing, des nouveaux medias, des multiples tuyaux alimentés par des groupes internationaux, l’industrie musicale reste un artisanat. Un tissus de petits labels de greffe aux grandes maisons de disques. L’irrationnel cohabite avec un marketing en constante invention. Le buzz, ce phénomène qui mêle la rumeur à la construction d’une opinion, ne met aucun manager à l’abri d’un bon coup, aussi soudain qu’ inexplicable. Ou d’un flop.

Novembre 2008. The Popopopops jouent dans l’espace VIP des Transmusicales. Ils enflamment la scène du Mouv vers minuit sous les oreilles étonnées des pros. Jean-Louis Brossard, programmateur du dit festival et découvreur de talents les a repérés quelques mois plus tôt, à l’issue d’un tremplin régional. A peine un an plus tôt, les Pops créaient [...]

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